« Le bonheur »/François Elie-Roulin : une musique pour se faire des films

3 Août

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La plus grande peur de François Elie-Roulin, si je me souviens bien de l’interview réalisée à la sortie de son précédent album « Le catalogue des rêves », c’est l’ennui. De là est peut-être née sa propension à la recherche, à l’expérimentation permanente, à la multiplication des désirs musicaux. A une gourmandise des esthétiques qui incita celui qui l’a découvert, le producteur visionnaire Brian Eno (U2,David Bowie…), à voir en lui le « pionnier de la peinture sonore ».
De sa quête artistique, le compositeur-musicien a ramené « Le Bonheur », sorti sous le prestigieux label de Radio France « Signature ».

Ce nouvel et septième opus s’inscrivant comme un concentré de son œuvre : éclectique, fantaisiste et poétique. Rock, électro, tzigane, classique, le disque embrasse tous les univers musicaux, fait varier infiniment les formes, avec toujours la même puissance à générer des images. Ce n’est pas pour rien que la musique de François Elie-Roulin se fait entendre dans de multiples films, clips audiovisuels (France 2) et publicitaires (Zadig & Voltaire, Elite…) : elle est un déclic d’imaginaires. De la romance au piano des « Amants » à l’errance rocambolesque aux violons de « Rasta Roulotte » et la rêverie nostalgique de « Trombone Harpe », les morceaux hybrides sont autant de minis BO hors du commun.

Une musique contemplative où les styles se rencontrent, c’est peut-être ça, le Bonheur…

Site web : http://www.francoiselieroulin.com/

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Un « Projet Luciole » complètement allumé à découvrir au Monfort

26 Jan

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La pensée sort des pages, se dit, se dialogue, et s’incarne à travers deux comédiens vivaces en ce moment au Monfort. Nicolas Bouchaud y discute philo avec Judith Henry. Habités, enjoués, ils se de révoltent ou s’ apaisent dans cette traversée des penseurs contemporains, d’Orwell à Baudrillard ou encore Pasolini. Les concepts de « Survivance », d’ « Être avec », ou de « Spectacle »… s’abordent sur tous les tons, en scène d’amour ou de disputes, s’entrecoupent de silences poétiques autant qu’ils inspirent des élans Rock’n Roll, et n’auront jamais semblé si propices à une sérieuse fantaisie. Au didactisme, la pièce préfère la pensée en mouvements. Et alors les lucioles, qui symbolisent la joie et le désir qui illuminent amis et amants au cœur de la nuit, se mettent à briller sur scène.

 

Projet Luciole. Mise en Scène Nicolas Truong. Jusqu’au 15 février 2014.

Du mardi au samedi à 19h30

Théâtre Monfort, 106 rue Brancion 75015 Paris. M°Porte de Vanves ou Tramway 3 Brancion.

Places à partir de 13€

La thérapie du chamallow : sweet comedy

25 Août
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Lisa et Charlie partagent le même appartement. L’une est portée sur le yoga et a un mec plus ou moins sympa, l’autre est portée sur la Vodka et a des plans sorties plus ou moins… moins. Deux filles que tout oppose rassemblées pour offrir des tranches de vies savoureuses à souhait.

Entre confidences farfelues, piques affectueuses, interprêtations de rêves douteuses, on découvre le quotidien de Lisa et Charlie le sourire aux lèvres et le rire au coeur.  Chaque situation, touchante et hilarante, nous rappelle un peu de nous. Surtout dans ce climat « cosy » crée par une mise en scène intimiste et par deux comédiennes qui ne manquent ni de complicité ni de générosité. En bref, « La thérapie du Chamallow » est une comédie gourmande et colorée qui rafraichira votre été et réchauffera votre rentrée. A voir à la Comédie des 3 bornes tous les dimanches et lundis à 21h30.

http://www.billetreduc.com/85128/evt.htm 

 

  • Auteur :
    Nicolas Lumbreras
  • Metteur en scène 
    Noémie DE LATTRE
  • Avec :
    Alexandra Moussai et Maud Dreyer puis Laetitia Vercken
     

   

 

« Les invisibles » mérite bien d’être vu

14 Déc

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Ils pourraient être nos parents ou nos grands-parents, vibrent d’une joie de vivre hors du commun et le temps d’un documentaire, nous la communique. Ils ont été et sont parfois encore « invisibles » parce qu’homosexuels. Mais ils ont tous choisi de vivre leur amour, et se livrent à la caméra de Sébastien Lifshitz.

Pendant deux ans, le réalisateur a recherché des hommes et des femmes de plus de 70 ans qui seraient prêts à partager leur expérience. Il a choisi de dévoiler les témoignages en évitant une lecture victimaire de l’homosexualité, et d’un point de vue plus esthétique, a voulu se rapprocher d’une réalisation de type fiction plus que d’un mode reportage.

Ces choix donnent au film « Les invisibles »  toute son originalité, sans le priver de renouer avec les qualités vitales d’un documentaire comme peu l’ont fait récemment. Il offre la surprise d’un sujet très rarement filmé, la richesse des angles, la vivacité des témoignages et par-dessus tout, la captation d’instants de bonheur si délicats à saisir. Avec une ligne claire, qui ne masque ni les souffrances ni les questionnements, mais refuse tout pathos. Le ton, c’est la liberté.

Un documentaire étonnant et touchant à voir absolument. 

Benjamin Biolay : la Vengeance d’un dandy maudit

3 Nov

J-2 avant la sortie du tout nouvel  et sixième album de Benjamin Biolay, qui continue de défrayer  les chroniques culturelles. Descendu à ses débuts, il fait aujourd’hui rougir ses détracteurs et voit son talent de « nouveau Gainsbourg » cité par-ci par-là avec « Vengeance ».  A travers cet album bien écrit, bien dosé, apaisant, c’est un Biolay moins impertinent, mais toujours aussi enivrant qui prend sa revanche.

Il semble que maintenant qu’on s’intéresse plus à sa musique qu’à sa grande gueule d’amour, BB a la côte. Perso, moi ça fait déjà depuis « Des roses et des promesses » il y a une décennie que je trouvais que son style négligemment raffiné, romantique agressif et camé en quête de sagesse donnait à ses textes et ses compositions toute leur puissance. Mais je ne vais pas me la jouer « je vous l’avais bien dit ! ». Surtout que jusqu’ici  je l’ai jamais chroniqué, en fait.

Oublions les futiles excès du passé : aujourd’hui, Benjamin se fait plaisir, et nous aussi par la même occasion.  Plaisir déjà dans l’épanouissement total de sa voix si enveloppante : au fil des albums, la sensualité a rencontré la résonance et la puissance. BB ne s’excuse plus d’avoir en lui un « Crooner »,  qui de toute façon ne sommeille plus.

Plaisir aussi dans la diversité des styles abordés : balades, rap, mix d’élans rock et d’accents techno, essais jazzy…  La préférence pour l’hybride se pressentait déjà dans le choix des guests : Vanessa Paradis, Osmo Puccino, Orelsan, Julia Stone, etc.  Vengeance est composite, assumant comme seule signature reconnaissable ses thèmes. L’amour perdu qui rend paumé, les écarts, les échecs, les souvenirs lumineux… Les blessures intimes priment encore, surtout dans des déclarations d’amour crève-cœur. Mais surprise ici aussi, même si le mouvement s’était amorcé avec « La superbe », le cru cède ici parfois entièrement la place à quelque chose de plus nu, plus avoué (Profite, Marlène déconne…)  C’est vulnérable et désespérément tendre.  Message personnel : si BB n’a plus peur d’aimer, je connais plein d’intéressées.

Vengeance est donc un album un peu « boule à facettes ». Un vrai voyage entre les rythmes, les atmosphères et les humeurs. Comme si  la revanche de Biolay, c’est finalement de dire qu’il peut tout faire, mais toujours avec la même grâce. Celle d’un vilain petit canard devenu cygne.

Le retour : bienvenue chez les monstres à l’Odéon

29 Oct

« Mes fils, ces trois bâtards »

Si après avoir vibré langoureusement au son des XX et avoir éclaté de rire à la vue de Pauline Détective (cf. précédents billets), vous ressentez comme un besoin de revenir à des choses un peu plus sérieuses, vous pouvez réserver votre place pour le Retour, pièce de Pinter mise en scène par Luc Bondy à l’Odéon.

Le tout nouveau directeur du Théâtre de l’Europe commence  fort avec ce tableau familial qu’on pourrait comparer à ceux d’Edward Hopper (à voir en ce moment au Grand Palais soit dit en passant) : couleurs profondes mais froides, personnages dépendants les uns des autres mais complètement désolidarisés. Parce qu’il n’est pas reposant de passer une soirée dans cette maison où le père tyran détruit un peu de tout, où les fils comme l’oncle vaquent à leurs occupations sans vraiment combler le néant, où rien  ne se passe vraiment. Jusqu’au retour du 3ème fils, accompagné de sa femme. Qui sera bien vite considérée et transformée sans grande résistance en putain. Pas si surprenant quand on pense que la mère – aujourd’hui absente, n’est évoquée que comme telle. Tout est alors en place pour donner à voir les ignominies amenées par la quête du pouvoir sur l’autre, du côté masculin comme féminin. Violence des mots, sexualité des corps, tous les moyens de domination sont bons, et provoquent d’inquiétantes jubilations.

Une famille cruelle et bizarre dans une atmosphère oppressante et glauque : la charge de Luc Bondy était lourde pour faire malgré tout sentir l’humour irrésistiblement grinçant de Pinter, et  pour rendre l’obscène visible sans en faire preuve. Et malgré un rythme parfois pesant, il s’en sort plutôt bien. Dans l’expectative un long moment, on s’enfonce peu à peu et chaque fois plus dans le sordide, mais sans que jamais cela en ait l’air. Les sombres desseins se cachent derrière le coloré puissant de la scénographie, l’absurde amusant du grand fils, la dédramatisation permanente dans l’interprétation. C’est très finement mené, donc, et l’on n’en reçoit que mieux l’aberration finale. Chaque personnalité quelque peu détraquée, bien campée par les pointures en présence (Bruno Ganz, Pascal Greggory, Louis Garrel, Micha Lescot…) ouvre son monde solitaire, et on plonge. Le plus grand regret restera les moments où Emmanuelle Seignier se repose sur l’intensité de sa présence, et elle n’est pas la seule.

Dérangeante, sidérante, la guerre sourde qui se mène sans merci dans Le retour laisse quoiqu’il en soit sans voix. Bienvenue dans l’avènement des monstres.

Du 18 octobre au 23 décembre 2012 à 20h.
 Théâtre de l’Odéon. Places à partir de 6 €.

The XX // Coexist : une romance qui embrasse la grâce

21 Sep

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Par précaution, il est préférable de vous prévenir que l’écoute de « Coexist » des XX peut provoquer des effets secondaires d’ampleur tels que : addiction sévère et attachement à long terme, détente immédiate et prolongée, élans affectifs positifs, sentiment de flux continu d’ondes alpha (bénéfiques pour le cerveau). Ceci étant dit, vous pouvez mettre le CD et l’écouter en boucle.

Amis d’enfance en train d’écrire une belle histoire personnelle et musicale, les trois londoniens de The XX commencent à être régulièrement comparés aux groupes cultes Cure ou Joy Division. A l’écoute de leur deuxième album, ce n’est pas une surprise. Trois ans après la sortie de leur premier opus éponyme, alors qu’ils fêtaient à peine leur vingtième printemps, Olivier Sim (basse), Romy Madley-Croft (chant et guitare) et Jamie Smith (chant et remix) reviennent avec un album tout simplement enivrant. Des mélodies plus lentes et plus installées offrent un support rêvé aux deux voix du groupe, qui assument désormais pleinement leur sensualité. L’intimité et l’exploration des sentiments imprègne à nouveau leur composition, évoquant la brulure de l’amour passionnel (Angels, Try, Our song) autant que la désillusion (Sunset, Chained), et le manque (Fiction, Missing).

Contrairement au premier album, les textes de Romy et de Jamie se répondent et se correspondent. Les interludes se font plus longs, les sentiments plus tortueux, les rythmes plus lancinants. Coexist semble écrit comme une romance ou deux voix se cherchent et se questionnent sur leur amour toujours en déséquilibre.

The XX a grandi. Avec Coexist, leur spleen amoureux embrasse définitivement la grâce.

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