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The tree of life: chef-d’oeuvre imparfait?

22 Mai

« La seule façon d’être heureux c’est d’aimer. La vie passe en un éclair si l’on n’aime pas. Aime. Emerveille toi. Espère. »

Simultanément hué et acclamé  à Cannes lors de sa projection, le dernier film du réalisateur Terrence Malick – qui se distingue par sa rareté (5 films en quarante ans), n’a pas fini de partager les avis. Il vient pourtant de remporter la Palme d’or.

Le Pitch: The tree of life entrelace plusieurs époques de la vie d’une même famille: l’enfance de Jack (Sean Penn), marquée par la tyrannie d’un père obsédée par la perfection (Brad Pitt), la confrontation au deuil après la mort d’un de ses deux frères, la quête de sens une fois devenu adulte… Des moments entrecoupés d’une reflexion sur les lois de la nature, et de celles de Dieu, au sens large. Comment et à quel moment « naissent » vraiment les êtres en quelque sorte.

Pourquoi ça buzz…ou pas: il y a de nombreux moments de grâce dans ce film au style rarement expérimenté. Les images touchent au sublime, les questions métaphysiques posées sont loin de manquer d’intérêt, les acteurs sont impeccables. Mais, malheureusement pour le spectateur happé à certains moments du film, celui-ci vire parfois au délire new-age et s’apesantit sur les images de la Création qui finissent par désservir le propos au lieu de le soutenir. Dans ces passages symboliques, on se dit juste que Terrence Malick abuse du cannabis.

En bref: dommage que l’emphase du film l’empêche d’être le chef-d’oeuvre qu’il n’est pas loin d’être. Mais après tout, personne n’est parfait…sauf Brad, bien entendu.

Sorti en salles le 17 mai. Avec Brad Pitt, Jessica Chastain, Sean Penn… – 2h18

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L’étrangère:la liberté a un prix (cinématographique)

14 Mai

 

«Tes parents te pardonneront peut-être. Mais s’ils doivent choisir entre la communauté turque et toi…jamais ils ne te choisiront »

 L’étrangère fait partie des films dont on ressort différent. Intelligent sans être intello, poignant sans être mélo, il s’inscrit comme un geste essentiel.

Le Pitch : sous les coups d’un mari violent, Umay, jeune femme turque d’origine allemande, décide de quitter Istanbul avec son fils pour retrouver sa famille à Berlin. Mais le refuge qu’elle espère y trouver se révèle une nouvelle impasse : un femme musulmane ne quitte pas son foyer sans déshonorer la famille. Pressions religieuse, culturelle, sociale détruisent des liens d’amour fragiles dans une famille où le rapport hommes/femmes est en plein trouble.

Pourquoi ça mérite de buzzer : Tout semble réussi dans ce film qui allie une réalisation esthétique à un jeu d’acteurs saisissant, laissant transpirer à l’écran les doutes et les souffrances de chaque personnage. La question du choix et de la liberté individuelle face au carcan des conventions est posée de façon délicate, sans jugement hâtif, mais avec un engagement inaliénable.

En bref : l’un des meilleurs films du 1er semestre 2011. Sibel Kekilli dans le rôle principal est juste l’actrice la plus incroyable de ces dernières années (j’adore Nathalie Portman, mais là franchement, toutes les récentes actrices oscarisées peuvent aller se rhabiller…)

PS : sortez les mouchoirs

PS 2 : si si, pensez au kleenex, même si le film n’est pas tire-larme il faut être un Cyborg pour ne pas craquer quelques instants…

De Feo Aladag, avec Sibel Kekilli, Settar Tanrıöğen… 1h59

« Pina »: filmez, filmez, sinon nous sommes perdus

16 Avr

« Il y a des situations où on ne trouve pas les mots. Il s’agit de faire deviner. Alors reprend la danse »

Wim Wenders, filme ce qui émane d’une légende. Avec « Pina. Dansez, dansez, sinon nous sommes perdus », il révèle tout le sublime du travail de Pina Bausch, partie en 2009.

A travers les extraits de spectacles et les témoignages des danseurs de la compagnie de la chorégraphe – la Tanztheater de Wuppertal – il rend un hommage simple et impecablement réalisé à celle qui a laissé une trace indélebile dans le monde de la danse. La caméra capte la liberté du mouvement, la puissance qui s’en dégage et la sincérité des danseurs, lorsqu’ils évoquent en quelque mots ce que Pina Bausch a inscrit en eux. Wenders n’est pas moins talentueux dans les duos filmés dans les espaces naturels et lieux publics (fôrets, métro, rue…), mettant en lumière que la danse n’est ni une question de cadre ni une question de connaissance, et  peut alors imposer la beauté partout où elle le veut.

Emouvant donc, ce qui n’est jamais acquis quand l’art est filmé et non vécu « en live »… « Pina » laisse le spectateur admiratif.

Tant mieux ou tant pis: c’est un parti pris qui ne dépasse pas le paradoxe. Fascinant, le film n’en est pas moins frustrant: il n’explique pas, et n’explore jamais plus loin que ce que les extraits de spectacles donnent à voir. Il laisse entièrement planer le mystère sur la chorégraphe, sans confidences, interviews ou commentaires. Ses chorégraphies en disent assez? Sans doute, pour ceux qui ne connaissent pas tellement Pina Bausch ou qui n’aspirent qu’au plaisir visuel – quand ceux qui voulaient en savoir plus ressortiront sans satisfaction.

J’ai eu la chance d’être du bon côté, pour pouvoir saluer ce film qui révèle ce à quoi Pina Bausch a donné corps tout son travail: un amour absolu pour la vie, la liberté et les chocs de l’existence.

« Pina » de Wim Wenders, avec l’ensemble du Tanztheater Wuppertal – 1h46. En salle depuis le 6 avril.

We want sex equality: et la femme se créa elle-même

20 Mar

 « Je me suis toujours demandée ce que ça faisait quand on écrivait l’histoire. Quand vous aurez fini, vous me raconterez… »

Pitch : 1968. Royaume-Uni. Ford va connaître la plus grande grève de son histoire. Et une grève inédite : la 1ère menée par des femmes. C’est Rita O’Grady qui se battra pour que les 187 ouvrières de l’atelier de couture  accèdent à un salaire équivalent à celui des hommes. Entre machisme, pessimisme et bords du gouffre financier, la route a été longue jusqu’à la rencontre avec la Ministre du travail de l’époque, « rouquine explosive »…

Pourquoi ça buzz : We want sex equality est un film à l’énergie communicative. Le sujet en lui-même est vivifiant : aujourd’hui encore, en Grande-Bretagne aussi bien qu’en France, une femme gagne en moyenne 20 % de moins qu’un homme… Sally Hawkins (déjà remarquée en déjantée dans  « Be Happy ! ») apporte une juste touche d’humour et d’humanité. Ce qui colle bien à l’angle «Feel Good Movie » adopté par Nigel Cole. Beaucoup de légèreté donc pour traiter un sujet sérieux. C’est regrettable – on peut craindre une version simpliste des événements; ou c’est appréciable – on peut aimer ce message d’encouragement qui incite à écrire une page de plus dans le chapitre de l’histoire des femmes.

En conclusion : choisissons de nous laisser porter : au boulot pour continuer la route les filles, reboostées juste après la séance!

 Infos : We want sex equality de Nigel Cole avec Sally Hawkins, Bob Hoskins, Rosamund Pike…

1h53 – En sale depuis le 12 mars.

Le discours d’un roi: Colin « first »

6 Fév

 

« -Vous êtes un original

–    Je le prends comme un compliment »

 

 Le roi se meurt… de bégayer. Tom Hopper a choisi pour son dernier film un sujet rarissime au cinéma : le combat de Georges VI, père de la future reine d’Angleterre Elisabeth II, contre son incapacité à s’exprimer comme il le voudrait, et comme les positions qu’il occupe (fils du roi, frère du roi puis roi lui-même), lui imposent de le faire. Sujet d’autant plus noble qu’il est risqué : il n’est pas acquis que tout le monde s’y intéresse…

Le discours d’un roi se révèle pourtant bien plus intriguant que le synopsis le laisse penser. Dès les premiers instants du film, Colin Firth nous fait sentir avec subtilité, sans pathos, la souffrance qui habite Georges VI. Charismatique et  « so british » tant dans l’humour que dans l’allure, il livre une performance…royale. Tout autant que Geoffrey Rush, dans son rôle d’orthophoniste aux méthodes et au caractère atypiques. L’intérêt majeur du film vient se placer dans cette relation qui dépasse vite celle de médecin à patient pour devenir amicale, presque « psychanalytique ».  Avec en filigrane l’omniprésente question de la communication : personnelle ou politique, elle est clé. Mais le film semble bien mieux réussir son approche du 1er aspect que du second.  

On rentre dans la relation d’amitié aussi bien que dans l’atmosphère de l’Angleterre des années 30. Costumes, décors, Buckingham Palace comme si on y était… La classe jusqu’au bout. Jusqu’au point du « trop », et c’est bien dommage : trop de plans sur les regards appuyés du roi envers son « sauveur », trop de grande musique dans des moments de tension qui se suffisent à eux-mêmes, trop d’aspects convenus qui prennent le pas sur l’audace du début du film. Trop d’envie de rentrer dans les critères des Oscars ?

Nous serons si cela paie le 27 février, lors de la 83ème cérémonie. Le film est parmi les plus nominés aux côtés de Biutiful, Black Swan et The social Network

Pardonnons aux films ses violons inutiles et souhaitons que celui qui l’emporte dans la catégorie « Meilleur acteur » soit, pour toute sa sensibilité et sa crédibilité, Colin « First »…

The King Speech, de Tom Hooper avec Colin Firth, Geoffrey Rush, Helena Bonham Carter…

1h50 – Sortie en salle le 2 février

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