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« Pina »: filmez, filmez, sinon nous sommes perdus

16 Avr

« Il y a des situations où on ne trouve pas les mots. Il s’agit de faire deviner. Alors reprend la danse »

Wim Wenders, filme ce qui émane d’une légende. Avec « Pina. Dansez, dansez, sinon nous sommes perdus », il révèle tout le sublime du travail de Pina Bausch, partie en 2009.

A travers les extraits de spectacles et les témoignages des danseurs de la compagnie de la chorégraphe – la Tanztheater de Wuppertal – il rend un hommage simple et impecablement réalisé à celle qui a laissé une trace indélebile dans le monde de la danse. La caméra capte la liberté du mouvement, la puissance qui s’en dégage et la sincérité des danseurs, lorsqu’ils évoquent en quelque mots ce que Pina Bausch a inscrit en eux. Wenders n’est pas moins talentueux dans les duos filmés dans les espaces naturels et lieux publics (fôrets, métro, rue…), mettant en lumière que la danse n’est ni une question de cadre ni une question de connaissance, et  peut alors imposer la beauté partout où elle le veut.

Emouvant donc, ce qui n’est jamais acquis quand l’art est filmé et non vécu « en live »… « Pina » laisse le spectateur admiratif.

Tant mieux ou tant pis: c’est un parti pris qui ne dépasse pas le paradoxe. Fascinant, le film n’en est pas moins frustrant: il n’explique pas, et n’explore jamais plus loin que ce que les extraits de spectacles donnent à voir. Il laisse entièrement planer le mystère sur la chorégraphe, sans confidences, interviews ou commentaires. Ses chorégraphies en disent assez? Sans doute, pour ceux qui ne connaissent pas tellement Pina Bausch ou qui n’aspirent qu’au plaisir visuel – quand ceux qui voulaient en savoir plus ressortiront sans satisfaction.

J’ai eu la chance d’être du bon côté, pour pouvoir saluer ce film qui révèle ce à quoi Pina Bausch a donné corps tout son travail: un amour absolu pour la vie, la liberté et les chocs de l’existence.

« Pina » de Wim Wenders, avec l’ensemble du Tanztheater Wuppertal – 1h46. En salle depuis le 6 avril.

C’est vieux mais intemporel :Loin du paradis

1 Fév

« Qu’est ce que ça vous fait d’être le seul de la salle?

Je veux dire d’être le seul homme noir de la salle? »

 

Au cours d’un zapping hasardeux, Julianne Moore apparaît sur mon écran. J’adopte alors la chaîne. Bien m’en a pris.

Plongée dans l’atmosphère des années 50, je suis la petite intrigue sociologique qui se déroule. « Loin du Paradis » expose les failles grandissantes d’une famille bourgeoise, blanche, américaine, bien intégrée socialement. Le monde lisse commence à se cabosser quand Cathy Whitaker découvre que son mari éprouve un désir interdit pour les hommes. C’est le 1er tabou de taille. Un passage en psychothérapie de l’époux qui veut « lutter contre cette chose en lui » est sensé tout résoudre. Pendant ce temps, les ragots vont bon train sur la relation d’amitié que Cathy noue avec Mr Deagan, en parlant d’art contemporain, de la vie et de rien. En fait tout cela n’aurait pris aucune ampleur si ce Mr Deagan n’était pas noir, et jardinier. Ou jardinier, et noir, car on ne sait plus quelle est la pire caractéristique des deux aux yeux de l’entourage si blanc pensant de la famille Whitaker. Les failles deviennent si vite trous béants…

« Loin du paradis » revêt des aspects galvaudés: (au-delà des violons de la bande-annonce…) Cathy apparaît un tantinet candide, perdue au milieu de bons sentiments, loin du paradis en effet, mais de la réalité, surtout. Et pourtant, l’humanité qui rayonne de Julianne Moore a raison de nous. Elle met face à l’erreur du 1er jugement: ce que l’on pense être une naïveté aveugle est en fait l’intelligence d’un coeur qui donne en toute connaissance de cause.

Et c’est tout à l’honneur du film de ne pas mettre de moralisation dans tout ça – mis à part certains passages maladroits enfonçant inutilement le clou sur les conséquences de l’intolérance. Le scénario se pose juste en observateur des réactions humaines. Cela suffit pour renvoyer l’écho, effroyable, que le décor planté il y a plusieurs décennies pourrait parfaitement être remplacé par celui d’aujourd’hui sans que cela sonne faux. Quelques détails seraient à changer (Obama et la Gay Pride sont passés par là entre temps), mais la similitude de certaines situations impacte.

« Loin du Paradis » est surtout bien réalisé. On s’y croirait dans ces années 50, dans la salle d’exposition où Deagan est le seul noir, dans une maison où le malaise habite les murs.

En résumé: je n’ai jamais autant apprécié d’être au purgatoire…

Réalisé par Todd Haynes avec Julianne Moore, Dennis Quaid, Dennis Haysbert

Sortie cinéma : 2003 – Durée: 1h47

Bande-annonce : http://dai.ly/cetgez

Ane Brun, Rebekka Karijord, Agnès Obèl: suivez le Nord

27 Jan

Les pays scandinaves n’apportent pas seulement de dures vagues de froid… Ils laissent aussi souffler pas mal de douceur (musicale, je me dois de préciser).

Ces derniers mois se sont ainsi faites entendre sur les ondes des chanteuses dont le point commun est la zone géographique mais surtout le talent. La même capacité à composer des mélodies aériennes mais fortes, à faire entendre une voix douce mais perçante, réunit ces femmes pétries de rock-folk. Petit passage en revue des merveilles à écouter:

Commençons notre voyage par la Suède avec Ane Brun. C’est celle qui possède la voix la plus frêle de toutes, à donner des frissons. De son 1er album sorti en 2003 à son 5ème opus « Changing off the season » de 2009, elle a tracé le sillon d’une carrière internationale grâce à un style folk parfois proche de la country (en mieux). Au passage, sa reprise du morceau « Another World » d’Anthony and the Jonhsons disponible sur son CD live « Live at Stockholm Concert Hall » est à faire rougir vos oreilles de plaisir.

Direction la Norvège avec Rebekka Karijord, qui partage d’ailleurs régulièrement les studios d’enregistrement et la scène avec sa compatriote Ane. La chanteuse signe avec « The nobel art of letting lo » (traduisez « L’art louable de lâcher-prise » – vous savez, ce truc qu’on arrive jamais à faire au moment où il faut…) un troisième album tout en contraste.Ca va de la berceuse au morceaux rock, avec des compositions ultra-sophistiquées, des ruptures de rythmes omniprésentes…ce qui en fait celle au style le plus affirmé. Elle sera en concert les 23 et 24 mars pour le fetival Les femme s’en mêlent à l’Institut Suédois (11 rue Payenne dans le 3è, métro Saint Paul)

Finissons notre voyage au Danemark avec Agnès Obèl. Découverte grâce au buzz suscité par quelques morceaux postés sur Myspace, la chanteuse trouve aujourd’hui une place méritée sur les ondes avec son 1er album « Philarmonics ». Voix limpide, piano flirtant avec des violons en toute légèreté, mélodies  choeurs parfaitement équilibrés : le CD est un bijou d’harmonie.

En résumé, pour trouver de la bonne musique, la boussole indique définitivement le Nord…

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