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Un café avec François Elie Roulin, peintre sonore

31 Août

François Elie Roulin a été découvert à 23 ans par Brian Eno, producteur de David Bowie et de U2, entre autres. C’était à Londres, en 1990. Depuis, « FER » a tracé un large sillon dans le paysage musical français, entre classique, éléctro, rock et expériemental. A l’occasion de la sortie de son sixième album, « Le catalogue des rêves », François nous parle de son combat contre l’ennui, de son job de rêveur professionnel, d’alignement planétaire cosmique (en off), mais surtout, de sa musique, souvent définie comme « peinture sonore ».

Le Grand Buzzart : La musique, tu es tombé dedans quand tu étais petit?

François Elie Roulin: Oui, j’ai toujours fait ça, j’ai fait des études de musique après le bac. Je pensais que je ferai un autre métier et puis après dans la vie il y a des rencontres. Au début quand on dit « je voudrais être compositeur », ça déclenche plus de la rigolade qu’autre chose, puis à un moment on se dit pourquoi pas. Un jour, j’ai dit au père d’une petite copine que j’avais, « j’aimerais vraiment être compositeur » et il me répond « mais tu es crétin ou quoi, tu es déjà compositeur! Ca y est c’est ton métier. Qu’est-ce que tu veux de plus, qu’un mec vienne avec un papier  te le dire?! », j’avais pas réflechis que c’était déjà fait.

LGB: Qu’est-ce que tu essaies de transmettre à travers ta musique?

FER: C’est la question qui tue ça (rires). Je crois que les artistes ça sert juste à une chose… En fait je pense que la vie c’est assez chiant. Le matin tu te lèves, tu vas aux toilettes, tu prends ton petit-déjeuner,c’est pas très passionnant, pas très exaltant. Autrement, on est juste des singes un peu pénibles qui polluent… Et la seule chose qui fait qu’on se dit que c’est quand-même pas mal d’être un être humain, c’est que, je sais pas, quand tu vois un tableau de Boticcelli ou vraiment quelque chose de beau, tu te dis que pour des singes, c’est pas mal. Il n’y a pas besoin que ça soit grandiose, si ça fait juste un petit peu de bien, c’est déjà beaucoup.

LGB: Quand on te dit que ta musique est « cinématographique », tu le prends comment?

FER: Mais c’est bien, de toute façon je prends tout bien, je suis un garçon de qui a bon caractère (rires). Justement ce que j’aime bien c’est provoquer des images. Ma musique est beaucoup utilisée pour être mise sur l’image, mais moi ce qui me plaît, c’est que les gens y passent leurs propres images. C’est leur propre film.

LGB: Comment définirais tu la « peinture musicale », ce qu’on dit souvent de ta musique?

FER: La différence entre la peinture et la musique, c’est que dans la musique il y a un début et une fin. La peinture, on ne te dicte pas comment la regarder. Tu peux commencer par le haut, le bas, où tout recevoir d’un coup. Mais les structures qui m’ont toujours intéressées dans la musique c’est quand il y a des cycles assez longs, assez répétitifs, des choses qui font que justement, comme dans la peinture, c’est une émotion, une ambiance, il y a quelque chose qui se dégage qui est fermé, dans une continuité, une douceur.

LGB:  Justement, il y a plus de douceur dans « Le catalogue des rêves », qui est un peu moins « rock » que ton précédent disque « Alien Robots Orchestra »…

FER: Quand je fais des disques, je les fais d’abord pour moi. J’aime bien avoir une liberté totale et je ne pense pas à un éventuel public qui pourrait aimer plus ou moins par rapport à un précédent disque. Ce qui m’amuse dans la vie c’est d’être un éternel débutant. J’aime bien faire des choses que je n’ai jamais faites avant.  Alien Robots Orchestra est vraiment à part. J’avais envie d’utiliser le langage rock, même un peu exagéré mais avec une beauté dans cette exagération. Après il y a eu l’album Parade, dont l’idée c’était un peu la chambre mal rangée, où chaque morceau a un style musical différent. Mais cette fois-ci, je me suis dit: les rêves c’est vraiment ce qui m’intéresse le plus, c’est ce qui correspond le mieux à ma musique, je voulais me concentrer sur cette partie là de mon travail dans le « Catalogue des rêves ».

LGB:  Comment tu approches cet univers là? Comment tu arrives à faire du rêve une « matière musicale »?

FER: Je sais pas, je dois être un rêveur professionnel, je dois pas être éveillé souvent, ça doit être ça (rires). Le truc qui a été compliqué à faire dans ce disque, c’est qu’il y avait à la base beaucoup plus de morceaux que ce qu’il y a dans l’album final. J’arrivais pas à obtenir un équilibre, si j’enlevais un morceau ça devenait trop triste, ou trop bizarre… Alors que j’aime bien ce qui est flottant. C’est un truc difficile à régler, il y a certains morceaux que j’aimais beaucoup mais qui deséquilibraient le disque. 

LGB: Parle nous des artistes qui travaillent avec toi sur ce disque…

FER: Il y a Lisa Papineau, une chanteuse américaine, ce qui l’a fait connaitre en France c’est ses chansons avec le groupe Air. Elle a une sorte de fragilité et sa voix est comme ça. Lullaby est chanté par Victoria Rummler, qui est américaine et qui fait plutôt du jazz. Je fais travailler des gens qui aiment bien travailler avec moi parce qu’ils font des choses différentes de d’habitude. Et puis Luna a été fait avec Mia Livosi, qui est d’origine italienne. Ce qui l’intéresse c’est plutôt un travail sur les folklores, les langues anciennes, d’écrire une poésie dans une langue ancienne. Je trouvais ça très bien pour les rêves. Elle s’intéresse à des auteurs que personne ne connaît, j’aime bien cette recherche.

LGB: Quelles sont tes inspirations? A moins que tu sois ton propre inspirateur?!

FER: J’aimerais bien! Non, j’aime vraiment tout, plein de choses m’inspirent. C’est difficile à dire. Même si basiquement c’est plutôt le classique et le rock. En fait ce qui m’intéresse c’est les musiques qui n’ont pas de genre, où tu ne sais pas ce que c’est, mais ça te plaît quand même. J’aime cet espèce d’interstice entre les musiques.

LGB: Il y a un morceau que tu affectionnes plus qu’un autre sur cet album?

FER: Non, peut-être Luna, comme j’ai été réalisateur du clip, je l’ai tellement écouté qu’il est devenu plus pregnant que les autres. Mais ce qui est drôle c’est que c’est souvent le titre que les gens préfèrent qui n’est pas celui auquel je pense moi.

LGB: Tu travailles aussi pour le cinéma, le théâtre et la télévision, il y a un domaine que tu préfères?

FER: Ce qui est chouette quand tu fais de la musique à l’image, c’est que tu travailles avec d’autres personnes. Au bout d’un moment composer seul, ça m’ennuie. C’est à la fois plus reposant, et plus difficile parce que tu es obligé de rentrer dans l’imaginaire de quelqu’un d’autre. On te dit « là ils vont se bagarrer, je voudrais que ça soit comme ça », etc. Et tu te demandes vraiment comment tu vas faire. Ca dépend beaucoup des gens que tu as en face. C’est pas toujours les trucs les plus prestigieux les plus intéressants. Parfois dans des petits trucs, on te pose des questions où tu te demandes vraiment comment tu vas faire ça. Ca revient un peu au fait d’être l’éternel débutant. Il y a des gens qui font la même chose depuis 30 ans, moi je peux pas, ça m’ennuie.

LGB: Tu combats l’ennui?

FER: C’est pas que je combats l’ennui. Je suis un mauvais menteur. Quand je m’emmerde, ça se voit (rires). C’est pas tellement un choix, mais quand les gens m’emmerdent ils le voient, du coup je suis obligé de faire des choses qui m’amusent. Je suis obligé de m’amuser par nécessité, voilà. C’est comme au théâtre, tu peux avoir un tout petit rôle où tu ouvres la porte mais avec un mec génial qui t’apportes plein de choses, et faire du Shakespeare avec des cons et perdre ton temps.

LGB: D’ailleurs c’est quoi la dernière pièce ou le dernier film que tu as vu qui t’a marqué?

FER:  Bonne question. Là aussi je suis très eclectique. A l’opéra j’ai vu Roméo et Juliette et ça m’a vraiment beaucoup plu. En ce moment je regarde une série américaine avec des bikers que j’aime bien. Et, comme film, j’en ai revu un qui correspond énormément à ma philosophie, c’est Whatever works de Woody Allen. Voilà, du moment que ça marche, c’est bien!

LGB: Tu composes sur l’univers du rêve mais toi, tu rêves de quoi aujourd’hui?

FER: Bien de continuer à rigoler un bon moment! Je sais pas, j’ai envie de faire plein de choses. Peut-être de faire autre chose que de la musique. J’ai toujours aimé faire des choses pour les enfants. Sans doute parce que je suis assez enfantin, je les comprends bien. Il y a aussi une idée d’émission de télévision. Maintenant j’ai envie d’être à la base des projets, plutôt que d’attendre qu’on me propose quelque chose qui me plaît. J’ai envie de faire des choses qui ne soient pas que de la musique.

 

François Elie Roulin sera en concert à la Maison de Radio France en octobre, à suivre… 

Site web de FER: http://www.francoiselieroulin.com/

Indigo Moon, extrait de Alien Robots Orchestra, 2008

 

Luna, extrait du Catalogue des rêves, Cristal Records, 2011

Daphné/Bleu venise : charmant voyage…

2 Juin

Daphné avait mis le feu à la nouvelle scène française en 2008 avec le swing de Musicamor: « Je mens très mal » y disait-elle. Avec son tout nouvel album, on la croit sur paroles (et musique).

Petit bijou de poésie, Bleu Venise nous emmène de confidence en confidence. Daphné y assume librement  un intimisme dépourvu de sentimentaliste. Les mélodies bercent là où les paroles touchent. Impossible d’en vouloir à notre compositrice voleuse d’images, elle a tout bien manigancé avec une sincérité désarmante qui s’évapore de chaque morceaux. « Portrait d’un vertige » ou « Mélodie à personne » murmurent soigneuseument des parts de nous-même et peut-être de tant d’autres. 

Mais derrière un romantisme légitimement posé, Daphné n’a pas perdu son brin de folie. L’élan, le rythme, l’enthousiasme de ses débuts sont tenaces et bienvenus, à l’image de ceux de « L’homme à la peau musciale » ou de « Où va Lila Jane? »

Poésie et insolence n’ont jamais été aussi bien mariées. Bon voyage de noces à Venise… 

Alex Winston: princesse du melting-pop

22 Fév

Une voix enfantine, des mélodies fantaisistes et joyeusement dis-harmonieuses… Bienvenus dans l’univers d’Alex Winston (académistes et puristes sont en revanche invités à attendre un prochain billet).

Avec son 1er EP « Sister Wife » sorti il y a quelque jours en digital et prévu pour début mars en CD physique, la jeune américaine fait souffler un vent de légèreté sur notre paysage musical. De l’insolence, mais sans superficialité. Dans ses compositions anti-spleen, Alex Winston explore une sorte de « melting-pop », alliant folk, style kitch des années 80 et intonations à la Kate Bush. Un mélange des genres decompléxé, dans lequel on peine à reconnaitre aussi bien la formation de chanteuse d’opéra suivie par la new-yorkaise que la touche du producteur de Florence + The machine, le londonnien Charlie Hugall. Sans doute parce qu’Alex Winston aime bousculer les codes.

Il y a quelque chose qui se cherche encore, qui agace, dans les morceaux parfois trop répétitifs de notre (future) starlette rebelle – particulièrement dans Choice Notes. Les paroles ne prétendent à aucune philosophie ou expérience, elles servent uniquement un univers acidulé. Et dans le même temps, c’est cette impertinence qui est séduisante…

Après tout: qui a dit qu’il fallait être sérieux pour être talentueux?

Ane Brun, Rebekka Karijord, Agnès Obèl: suivez le Nord

27 Jan

Les pays scandinaves n’apportent pas seulement de dures vagues de froid… Ils laissent aussi souffler pas mal de douceur (musicale, je me dois de préciser).

Ces derniers mois se sont ainsi faites entendre sur les ondes des chanteuses dont le point commun est la zone géographique mais surtout le talent. La même capacité à composer des mélodies aériennes mais fortes, à faire entendre une voix douce mais perçante, réunit ces femmes pétries de rock-folk. Petit passage en revue des merveilles à écouter:

Commençons notre voyage par la Suède avec Ane Brun. C’est celle qui possède la voix la plus frêle de toutes, à donner des frissons. De son 1er album sorti en 2003 à son 5ème opus « Changing off the season » de 2009, elle a tracé le sillon d’une carrière internationale grâce à un style folk parfois proche de la country (en mieux). Au passage, sa reprise du morceau « Another World » d’Anthony and the Jonhsons disponible sur son CD live « Live at Stockholm Concert Hall » est à faire rougir vos oreilles de plaisir.

Direction la Norvège avec Rebekka Karijord, qui partage d’ailleurs régulièrement les studios d’enregistrement et la scène avec sa compatriote Ane. La chanteuse signe avec « The nobel art of letting lo » (traduisez « L’art louable de lâcher-prise » – vous savez, ce truc qu’on arrive jamais à faire au moment où il faut…) un troisième album tout en contraste.Ca va de la berceuse au morceaux rock, avec des compositions ultra-sophistiquées, des ruptures de rythmes omniprésentes…ce qui en fait celle au style le plus affirmé. Elle sera en concert les 23 et 24 mars pour le fetival Les femme s’en mêlent à l’Institut Suédois (11 rue Payenne dans le 3è, métro Saint Paul)

Finissons notre voyage au Danemark avec Agnès Obèl. Découverte grâce au buzz suscité par quelques morceaux postés sur Myspace, la chanteuse trouve aujourd’hui une place méritée sur les ondes avec son 1er album « Philarmonics ». Voix limpide, piano flirtant avec des violons en toute légèreté, mélodies  choeurs parfaitement équilibrés : le CD est un bijou d’harmonie.

En résumé, pour trouver de la bonne musique, la boussole indique définitivement le Nord…

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