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C’est vieux mais intemporel :Loin du paradis

1 Fév

« Qu’est ce que ça vous fait d’être le seul de la salle?

Je veux dire d’être le seul homme noir de la salle? »

 

Au cours d’un zapping hasardeux, Julianne Moore apparaît sur mon écran. J’adopte alors la chaîne. Bien m’en a pris.

Plongée dans l’atmosphère des années 50, je suis la petite intrigue sociologique qui se déroule. « Loin du Paradis » expose les failles grandissantes d’une famille bourgeoise, blanche, américaine, bien intégrée socialement. Le monde lisse commence à se cabosser quand Cathy Whitaker découvre que son mari éprouve un désir interdit pour les hommes. C’est le 1er tabou de taille. Un passage en psychothérapie de l’époux qui veut « lutter contre cette chose en lui » est sensé tout résoudre. Pendant ce temps, les ragots vont bon train sur la relation d’amitié que Cathy noue avec Mr Deagan, en parlant d’art contemporain, de la vie et de rien. En fait tout cela n’aurait pris aucune ampleur si ce Mr Deagan n’était pas noir, et jardinier. Ou jardinier, et noir, car on ne sait plus quelle est la pire caractéristique des deux aux yeux de l’entourage si blanc pensant de la famille Whitaker. Les failles deviennent si vite trous béants…

« Loin du paradis » revêt des aspects galvaudés: (au-delà des violons de la bande-annonce…) Cathy apparaît un tantinet candide, perdue au milieu de bons sentiments, loin du paradis en effet, mais de la réalité, surtout. Et pourtant, l’humanité qui rayonne de Julianne Moore a raison de nous. Elle met face à l’erreur du 1er jugement: ce que l’on pense être une naïveté aveugle est en fait l’intelligence d’un coeur qui donne en toute connaissance de cause.

Et c’est tout à l’honneur du film de ne pas mettre de moralisation dans tout ça – mis à part certains passages maladroits enfonçant inutilement le clou sur les conséquences de l’intolérance. Le scénario se pose juste en observateur des réactions humaines. Cela suffit pour renvoyer l’écho, effroyable, que le décor planté il y a plusieurs décennies pourrait parfaitement être remplacé par celui d’aujourd’hui sans que cela sonne faux. Quelques détails seraient à changer (Obama et la Gay Pride sont passés par là entre temps), mais la similitude de certaines situations impacte.

« Loin du Paradis » est surtout bien réalisé. On s’y croirait dans ces années 50, dans la salle d’exposition où Deagan est le seul noir, dans une maison où le malaise habite les murs.

En résumé: je n’ai jamais autant apprécié d’être au purgatoire…

Réalisé par Todd Haynes avec Julianne Moore, Dennis Quaid, Dennis Haysbert

Sortie cinéma : 2003 – Durée: 1h47

Bande-annonce : http://dai.ly/cetgez

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